Des créations, un petit univers. Une expérience littéraire dans le cadre d'un journal intime sensitif et artistique.
Un point de vue sur l'océan, au bout d'un étroit bras de terre. Un fort à l'extrémité surplombe le Couchant, l'horizon noyé de lumière jaune une fin d'après-midi printanière. Les rocs aux aspérités rugueuses et ocres contrastent avec les énormes pierres rondes et lisses, toutes jaunes comme gorgées de l'opulence solaire. La falaise s'avance, en une lutte minérale et végétale contre l'eau, le vent et le sel.
Les épineux tiennent l'offensive du vent, avec leur aiguilles piquantes et leur écorce rugueuse en guise de glaives et de bouclier.
Première vision, dans mon sac, pas de couleurs, juste des crayons, de l'encre noire et brune. L'aveuglement est tel, bien que dans mon dos, que le noir n'est peut-être finalement pas de trop. A trop contempler le soleil, on finit par se brûler les yeux, et l'ombre, et l'obscurité, envahissent le creux des paupières.
Sorte de réécriture visuelle, comme un substrat encore conservé dans le fond de la rétine, au détour d'une synapse, assemblement d'images.
A la fois, proche et loin du réel, juste une réinvention, à partir des souvenirs, des fragments, lambeaux de perceptions, colorées par des surimpressions phantasmagoriques, transmutation.